Les brasseries Kronenbourg

HISTOIRE DE LA BIERE

    L'ancêtre de la bière, le Sycaron, est apparu il y a plus de 5000 ans avant Jésus-Christ, à Sumer, sur les rives du Tigre et de l'Euphrate. Il s'agissait en fait de pain d'orge trempé dans de l'eau sucrée. Au temps des pharaons, cette guerre est la boisson par excellence, servant aussi bien d'offrandes religieuses, que de salaires pour les fonctionnaires. Grâce au commerce de la Méditerranée, cette bière primitive arrive en Gaule. Celle qu'on appelle alors la cervoise, est consommé tous les jours comme le pain, ce qui fait que sa confection devient l'affaire des femmes. Puis, plus tard, les Croisés rapporteront de Terre-Sainte des épices, comme le piment, la cannelle, la genièvre, ou encore le laurier, qui viendront enrichir la cervoise de saveurs toniques. Vers le Xe siècle, un peu partout en Europe, la cervoise devient progressivement l'oeuvre des monastères. Désaltérer régulièrement tout un couvent requiert de l'organisation et de l'innovation, c'est ainsi que les pères inventent le maltage, qui consiste à faire germer l'orge avant brassage, et mettent au point de nouvelles techniques de brassage. Au XIVe siècle on apporte le houblon à la bière comme aromate unique : la bière moderne est née. Son succès est tel, que le concile de Trèves est créé pour réglementer la consommation de bière dans les couvents. Cependant, l'Église perd petit à petit son monopole, et le brassage devient pratique bourgeoise. D'ailleurs, dès le XIIIe siècle, on trouve déjà un brasseur de métier à Strasbourg, Arnoldus le cervoisier, dans l'actuelle impasse de la bière, proche de la cathédrale. Quelques siècles plus tard Strasbourg compte huit brasseurs déclarés dont deux femmes. À l'époque, pour tester la qualité de la bière, les contrôleurs en versaient sur un banc et s'y asseyaient pour ne se relever qu'une heure plus tard. Si leur culotte de peau collait au banc, la bière était considérée comme bonne. Durant tout le Moyen Âge jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le brasseur ne peut pas produire de bière en été, car la saison est trop chaude pour la fermentation. Il fabrique alors le contenant, devenant ainsi tonnelier.

 

LA BIERE, UNE VERITABLE ALCHIMIE

    Pour brasser une bière, il faut trois matières premières de qualité : de l'eau, de l'orge, et du houblon.

  • Kronenbourg utilise l'eau des Vosges, pur et riche en sels minéraux, qu'elle puise dans la nappe phréatique, à environ 75 m de profondeur.


  • L'orge deviendra malt après trempage, processus pendant lequel les grains vont se gorger d'eau. Puis vient la germination, avec l'apparition des germes d'orge, et enfin le touraillage, dernière étape consistant à sécher le grain à différentes températures pour obtenir, soit du malt pâle (entre 60 et 80°, principalement pour les bières blondes), soit du malt caramel (entre 80 et 120°, pour les bières ambrées ou rousses), soit du malt torréfié (entre 120 et 220°, pour les bières brunes). c'est ce malt qui déterminera donc la couleur, et l'arôme de la bière. Mais si l'orge reste la céréale par excellence, d'autres sont également utilisées, comme le seigle ou le froment.


  • Le houblon, enfin, est l'épice de la bière.  Originaire de République tchèque, sept plantes grimpantes, pouvant atteindre 10 m de haut, est cultivée essentiellement dans le nord de l'Alsace et porte le nom de "Strisselspalt". Dans les cônes non fécondés du houblon femelle, le brasseur va récupérer une poudre d'or, la lupuline, riche en huiles aromatiques et amères, mais riche aussi par ses nombreuses vertus : diurétique, antiseptique et sédative.


    Le brassage commence par le mélange de l'eau et du malt pendant plusieurs heures à des températures bien définies, mélange qui donnera un liquide sucré appelé le moût. Le houblon apportera ensuite sa fine amertume et ses arômes subtils. La fermentation, seconde étape pendant laquelle la levure est ajoutée, permettra au sucre de se transformer en alcool. La levure est LE secret du brasseur. Il existe autant de levures que de bières, chacune ayant son propre patrimoine génétique et permettant de fabriquer des bières à fermentation haute, ou basse. Enfin, la troisième étape est la maturation. Le brasseur  retire la levure, la bière pas alors pouvoir se reposer, mûrir doucement dans le froid, pendant un temps qu'on appelle « période de garde ». À la fin de cette période, la bière est prête pour la filtration, étape qui va alors lui donner toute sa brillance et son éclat.

LES BRASSERIES KRONENBOURG

     Voilà près de 3 siècles et demi, un jeune alsacien du nom de Jérôme Hatt obtient son diplôme de tonnelier-brasseur. C'est ainsi que le 9 juin 1664, la Brasserie du Canon voit le jour, le long des quais, à proximité de la cathédrale de Strasbourg. Mais en 1850, malgré une entreprise florissante, Frédéric-Guillaume Hatt doit faire face aux nombreuses crues de l'Ill. La brasserie va donc se déplacer, et le choix se porte sur les hauteurs de Strasbourg, dans le quartier Cronenbourg. Mais l'emplacement n'est pas choisi par hasard. En effet, un nouveau procédé, la fermentation basse, nécessite de conserver la bière en sous-sol, à une température n'excédant pas les 10°C. De plus, il est question, avec le développement du chemin de fer français, de construire une ligne reliant Paris à Strasbourg, qui passe par le quartier Cronenbourg. L'héritier Hatt voit ici une occasion de faire connaitre et d'exporter sa bière dans toute la France. Pour produire suffisamment, Hatt fait établir une cave avec 20 km de galeries. Comme la bière doit être refroidie, une glacière est construite à 8m sous terre. Cette salle est percée d'un puit en son milieu et de petites galeries au plafond. Son puit, relié 40 plus bas à la nappe phréatique, servait à tirer l'eau nécessaire au brassage, tandis que les galeries permettaient la diffusion de l'air froid fournit par les blocs de glaces, prélevés sur les étangs gelés et entreprosés dans la glacière. Pour la maturation, la bière est stockée pendant une "période de garde" dans des foudres en bois ou des cuves en aluminium. Faute de pouvoir brasser l'été, trop chaud, le brasseur devenait tonnelier et ne fabriquait plus le contenu, mais le contenant. Sur chaque fût était indiqué sa contenance et sa date de fabriquation. Entre chaque période de garde, il devait être nettoyé à l'intérieur, et se travail était réservé aux enfants. Ils entraient par une petite trappe appelée "trou d'homme', en passant d'abord un bras, puis la tête, puis le second bras et enfin le reste du corps. Ils s'équipaient d'une bougie pour l'éclairage, mais surtout comme témoin de manque d'oxygène. Une fois la période de garde terminée, la bière est refiltrée puis commercialisée. Grâce à l'essor du chemin de fer, la bière Hatt acquiert une renommée qui s'étend à la France entière. Rien que pour Paris, un train de bière part chaque semaine, puis chaque jour. En 1922, Maurice Hatt rachète le célèbre restaurant du Grand Tigre et baptise une bière "Tigre Bock" en son honneur.

 

    En 1947, la brasserie prend le nom de son quartier, Kronenbourg, et l'emblême du Tigre disparait. Elle va lancé une foule d'innovations qui vont transformer le marché de la bière. Ainsi dans les années 50, les premières bouteilles de 33 cl et de 25 cl arrivent sur les rayons. En 1952, la bière spéciale 1664 est créée à l'occasion du couronnement de la Reine d'Angleterre. En 1953, Kronenbourg sort la première boîte métallique. Dix ans plus tard, pour l'ouverture du premier supermarché en France, arrive le premier packs de six bouteilles en verre perdu. La firme investit énormément dans la publicité, qui lui permet de devenir le premier producteur de bière français. Puis son extension au marché européen l'oblige, en 1969, à installer une nouvelle unité de production à Obernai, devenant ainsi la plus grand brasserie jamais construite. En 1970, la société entre dans le groupe Danone. Puis en 2000, elle est rachetée par le groupe écossais Scottish & Newcastle, puis, depuis 2008, par le groupe Carlsberg, un des plus grands groupes brassicoles du monde.

 

    Entre houblonnières et champs d'orge, Obernai s'étend sur 70 ha et emplois plus de 700 personnes nuit et jour. 3000 t de céréales assurent une semaine de fabrication, 70 caves de garde font mûrir près de 6 millions d'hectolitres par an. 10 lignes de conditionnement fonctionnent en permanence pour produire fûts, bouteilles, canettes, et boîtes de tous formats. En haute saison, 250 semi-remorques et wagons alimentent chaque jour, 2000 grandes surfaces et 40 000 cafés, hôtels et restaurants en France. Tout ceci pour que 2 milliards et demi de verre de bière soit servi aux consommateurs.

La distillerie Nusbaumer

    Perché à 350m d'altitude, le village de Steige marque la limite entre le val de Villé et la vallée de la Bruche. Au coeur du village, le long de la route départemantale 424, nous arrêtons devant un batiment à l'allure pittoresque. Devant la maison située en face, sur le pas de la porte, Jos Nusbaumer le propiétaire, nous invite à l'intérieur. Nous entrons dans une petite salle basse et richement décorée, donnant accès à un couloir également étroit, de sorte que l'on se croirait dans une galerie. Nous empruntons le couloir et débouchons sur une vaste pièce à arcades, décorée de cuivres et de casiers. Il s'agit du caveau de dégustation où sont présentés pas moins d'une trentaine de variétés d'eaux-de-vie, de la liqueur de sapin à l'eau de noix, en passant par le Guignolet et les Krutterschnaps à bas de plantes. Malheureusement, la visite de la distillerie se fait sur rendez-vous et nous nous "contentons" donc de déguster et d'acheter.

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