Le Haut-Koenigsbourg

    Culminant à 757m sur les hauteurs du Staufenberg, le Haut-Koenigsbourg (Hohkönigsburg en allemand, se traduisant par "haut château du roi"), domine la plaine rhénane.

    Un premier chateau a été évoqué au XIIe. En effet en 1147, la famille Hohenstaufen (dont le plus célèbre est sans doute l'empereur du Saint Empire Romain Germanique, Frédéric Barberousse) en est propriétaire. Mais profitant de leur affaiblissement à la fin du XIIIe siècle, les ducs de Lorraine vont prendre possession du chateau et le confier aux Rathsamhausen puis aux Hohenstein. Au cours du XVe siècle il passe aux mains de 30 pillards qui vont l'utiliser comme base de départ pour les pillages et les meutres dans les villages, sur les voyageurs et les marchands. Ca ne plait pas aux villes de Bâle, Colmar et Strasbourg qui envoient alors en 1462, 500 soldats à l'assaut du chateau.

    Vers 1475, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, annexe l'Alsace et le duché de Lorraine. Mais les Alsaciens mécontents, se révoltent contre le bailli bourguignon. En ruine, le chateau revient à la maison d'Autriche, les Hasbourg qui le donne en fief aux Thierstein, une famille suisse qui les avait aidés à combattre les Bourguignons. Ils vont restaurer ce chateau au XVe pour l'adapter aux progrès de l'artillerie, notamment avec l'adjonction de deux tours d'artillerie côté ouest et le renforcements des murs pouvant atteindre au bas 11 m d'épaisseur. Mais ces rénovations coutant très chers, le dernier Thierstein meurent en 1517, ruiné et sans decendance. Mais ni les propriétaires suivants, ni même l'empereur romain germanique Maximilien 1er de Hasbourg, n'auront l'envie ou les moyens financiers d'entretenir cet imposante forteresse, même si c'est à cette époque que le grand bastion en étoile a été réalisé.

    Puis, en 1633, en pleine Guerre de Trente ans, Les Suédois, opposés aux Autrichiens, vont saccager l'Alsace. Ils montent à l'assault du Haut-Koeningsbourg. Malgré ces fortifications, et après 52 jours de siège, le chateau tombe,  marquant le début de sa dégradation qui va durer plus de deux siècles et demi. Dès lors le chateau est en proie aux pillages par les populations alentours.

    Afin d'endiguer les vols, la ville de Sélestat rachète, en 1865, les ruines aux Mannheimer, des négociants de Colmar. Séléstat va alors mettre des moyens financiers pour entretenir cette ruine avec la pose d'un téléphone dès 1885, la présence d'un gardien dans les ruines et l'installation d'une grille en fer forgé devant l'entrée. En 1899 Séléstat a déjà dépensé 50000 mark pour le chateau. Elle va donc offrir les ruines à Guillaume II roi de Prusse et empereur d'Allemagne qui va le faire restaurer entre 1900 et 1908.

 

La cour intérieure

    La restauration a donc duré 8 ans de 1900 à 1908 et a couté 2.250.000 mark or. C'est l'architecte Bodo Ebhardt, âgé de 34 ans, qui est chargé des travaux. Il va s'attacher, dans la mesure du possible, à reconstruire le chateau le plus fidèlement possible. Pour cela, il va se baser non seulement sur des gravures et des textes du XVIe et XVIIe siècle, mais aussi sur les fouilles effectuées tout autour du chateau. En effet, il va demander à ses ouvriers de rapporter tous les fragments trouvés lors du déblaiement de la ruine. Afin d'éviter le vol, il propose une petite rémunération de quelques pfennigs à quelques marks pour chaque objet ou morceau trouvé. Grâce à cette méthode, ce n'est pas moins de 35.000 fragments qui sont ainsi rassemblés, cadenas, clefs, pierres sculptées, monnaies, armes, os, etc. C'est ainsi que la tour d'honneur menant aux appartements (à gauche sur la photo) a pu être reconstruite. Un autre exemple : sur le mur encore debout des appartements, l'architecte avait remarqué la présence au deuxième et troisième étage, d'ouvertures de portes ainsi que les corbeaux à triple redent (terme qui désigne les pierres saillantes du mur, voir la photo) qui laissaient deviner la présence de galeries en bois.

La salle impériale

    La salle impériale est une exception à la règle de restauration de Bodo Ebhardt, puisqu'elle a été exigée par le Kaiser (empereur) Guillaume II. Il n'y avait ni fenêtres, ni peintures murales à l'origine. De plus la présence des corbeaux (à droite sur la photo) laisse penser que cette pièce était en fait coupée en deux. Alors pourquoi cette extravagance ? He bien parce qu'outre le projet de faire de ce chateau un musée, le Kaiser veut faire passer un message à la France et surtout aux alsaciens, en leur faisant comprendre que le chateau renaît et que l'Allemagne est de retour. (Pour rappel, en 1870 la guerre éclate entre la France et l'Allemagne, et ces derniers gagnent). De plus il espère regagner la confiance des alsaciens, fortement ébranlée par le traité de Francfort de 1871 qui rattachait l'Alsace ainsi qu'une partie de la Lorraine au Reich et dont une clause autorisait les alsaciens qui le souhaitaient à rejoindre la France, à la condition d'abandonner tous leurs biens sur place. Malgré cela et avec une petite aide financière de la France, ils seront 110.000 alsaciens-lorrains à franchir la frontière.

 

    L'empreinte de l'Allemagne, dans cette salle, est marquée par la présence au plafond de l'aigle du IIe Reich englobant les blasons de la Lorraine et de la haute et de la basse Alsace.

    L'inauguration va avoir lieu le 13 mai 1908 en présence du Kaiser et de 80 convives. On fait appel à un traiteur strasbourgeois qui amène chaises, tables, ustensiles et aliments. Le festin se situe en salle d'armes, à l'étage en dessous car cette salle n'est pas encore terminée. Pour ceux que cela intéresse, le menu était le suivant : un consommé, une viande de veau pochée, accompagnée d'asperges en velouté, un homard mayonnaise, un jeune canard et ses fruits et un entremet au chocolat s'il vous reste encore de l'appétit. Dès 1912 la salle impériale, qui aura coûtée 70.000 marks, est finie et le Kaiser peut désormais manger à sa table, faite sur mesure en chêne (elle pouvait s'ouvrir de son double soit 8m), tout en écoutant ses musiciens jouer du haut du balcon (à gauche sur la photo). Quand il vient au chateau (environ une vingtaine de fois depuis l'inauguration), les poêles en faïence sont allumés 2 jours avant, sachant que la chauffe du poêle prend à elle seule près de 8 heures. Guillaume II n'a jamais dormi au chateau. Trop inconfortable, il préférait passer la nuit à la préfecture de Strasbourg. Le mobilier présent date pour 70% des XVIe et XVIIe siècles, le reste étant des copies. Un bonne partie est issue de dons de familles alsaciennes et allemandes.